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03/01/2005

Nenmatsu Nenshi (Première partie)

Voilà maintenant deux jours que je suis sur ce dossier des fêtes de fin d'année au Japon. Bien sûr j'aurais pu tout bêtement me balader sur le Net et faire quelques copiés-collés histoire de ne pas perdre trop de temps... mais, bien m'en a pris ?, j'ai préféré parler de mes fêtes de fin d'année, dans cette région d'adoption qu'est Aichi Ken et Nagoya, la grande métropole où je vis actuellement. Comme le dossier dépasse toutes mes espérances en matière de longueur, je me suis décidé à le publier petit à petit, d'autant plus que je ne l'ai pas terminé. Je ne voudrais pas vous imposer une quinzaine de pages Word sans marges ni espacements. :)

J'attends évidemment des retours sur ce dossier qui, je l'espère, vous plaira autant que je me suis plu à l'écrire dans la campagne japonaise où demeurent mes beaux-parents.

Il me paraît indispensable de présenter en détails les fêtes de fin d'année et plus particulièrement, ce premier jour de 2005. Il y a divers événements qui se succédent pendant les quelques jours de cette fête, le 31 décembre et le 1er janvier, ainsi que les jours qui suivent, et tous ont leur importance. Ils sont d'autant plus étonnants qu'ils semblent vraiment impossibles à appréhender pour l'étranger de passage. Au débotté, je vous en cite quelques-uns : Kouhaku, Osechi Ryouri, les ToshiKoshi Soba...

Première Partie : Les Nengajyou

Commençons par les futilités d'usage. Il est de bon ton de souhaiter la bonne année au Japon comme ailleurs. Cependant ce rituel social prend diverses formes. La plus célèbre est sans doute cette pratique de l'envoi de Nengajyou, carte de voeux pour simplifier. Dans quelle mesure parle-t-on d'un rituel social ? Imaginez-vous qu'il y a de cela quelques années, les familles envoyaient près de 200 à 300 de ces cartes de voeux. Les japonais les envoient à tous les gens qu'ils connaissent, à peu de choses près. Collègues de travail, amis, voisins, commerciaux fréquemment rencontrés, en bref tout le tissage de connaissances : le Nengajyou Web comme j'aime l'appeler. Il ne faut surtout pas sous-estimer ce long et rigoureux travail de socialisation.

medium_nengajyou1.jpgDepuis plusieurs années et la révolution informatique, les japonais impriment les textes qui accompagnent les cartes de voeux. Je ne peux guère imaginer le temps que représente l'écriture manuscrite de 200 à 300 cartes.

Le gouvernement comprenant aussi qu'il s'agit là d'un marché fort lucratif pour les bureaux de Poste et commerçants en tous genres, qui se gargarisent à l'approche de la fin d'année, celui-ci essaie de freiner l'envoi excessif de Nengajyou, avec plus ou moins de succès d'ailleurs. Cependant aujourd'hui encore la moyenne d'envoi pour un couple d'une cinquantaine d'années est d'une centaine de cartes, toutes écrites à la main.

Ceci représente aussi un travail considérable pour la Poste Japonaise qui s'engage à ce que les destinataires reçoivent les cartes le premier janvier. Pour ce faire, les boîtes aux lettres qui sont généralement constituées de deux espaces distincts : les envois régionaux et les envois hors-région (ou à l'étranger) se divisent le temps que les fêtes se terminent en boîtes à Nengajyou. Les envois régionaux et extérieurs sont regroupés en un seul espace tandis que le second est consacré à l'envoi des cartes. On peut voir les mères de famille venir les déposer par paquets de cinquante sous le regard indifférent des facteurs. Ne pas envoyer de Nengajyou peut être très mal perçu.

Ainsi je me souviens d'une anecdote... Alors que je venais de passer un long entretien avec le responsable d'unemedium_nengajyou2.jpg université, afin éventuellement de travailler dans le cadre d'un cours de conversation française, j'envoyai, suite au précieux conseil de ma chère et tendre, diverses cartes aux écoles de langues dans lesquelles j'avais la chance d'enseigner. Quelques jours plus tard, je recevais moi aussi les fameuses cartes de voeux. Cet événement qui, pour ma part, ne revêtait pas une importance capitale, a cependant facilité mes rapports professionnels avec le dit responsable lors des rencontres suivantes. Par contre, une amie repartie le temps des fêtes en France et qui n'avait pas eu le loisir sans doute de les envoyer elle aussi, a eu droit à quelques mauvais égards de façon indirecte, évidemment. Le responsable que j'appellerai Mr X. pour égayer le discours m'a dressé le portrait d'un monde sans Nengajyou. Ô combien irresponsable de la part de mon amie de ne pas avoir songé à en envoyer... Ô combien impolie s'était-elle montrée... Abasourdi par cette discussion, j'avoue ne pas avoir eu l'aplomb de rétorquer quoi que ce soit. Qu'adviendrait-il donc du Japon si les jeunes générations, connues pour être oublieuses des traditions qui font la fierté des anciens, n'écrivaient plus les Nengajyou ? Je me le demande à vrai dire... Toujours est-il que, depuis, je n'hésite pas à envoyer ces petits morceaux de papier sans rechigner à la tâche, d'autant plus que je les imprime.

Deuxième Partie : Ousouji

medium__26399_26411_22823_25475_38500_10.jpgUne des autres traditions de cette fin d'année japonaise, c'est sans conteste le jour du Grand Ménage, auquel participent en théorie tous les membres de la famille. Dans une famille type, la femme, si bien nommée Okusan (la femme du fond...), s'occupe en général du bon maintien de la maison. Le ménage se fait habituellement quotidiennement. Il faut noter que dans une famille type au Japon, le seul avenir professionnel envisageable pour une partie de la gente féminine est le même que celui de nos grands-mères, id est la maison à entretenir. Malgré cela, le Grand Ménage est vraiment l'affaire de tous. Enfants, grands-parents, même le père de famille, personne n'y déroge. Sols, meubles, vitres, dessous de dessous de dessous, tout est nettoyé. La maison de fond en comble est passée au peigne fin pour que n'échappe aucune poussière vicieuse. C'est un moment d'enthousiasme familial, à n'en pas douter. Tout le monde se retrouve, une fois n'est pas coûtume, autour de la même activité. Cependant depuis quelques années, on s'aperçoit que là encore, le temps érode les plus jolies traditions. Les entreprises restent en activité jusqu'au dernier jour de l'année et les employés sans shougatsu sont chaque année plus nombreux. Il n'est pas rare que les japonais travaillent tous les jours, sans que les jours nationaux ou autres moments de liberté passée ne leur permettent d'en démordre. Le Japon est ainsi fait qu'il ne peut pas même s'arrêter une journée de fonctionner.

A l'origine, le Grand Ménage était un moyen de purger la maison de ses mauvais esprits et des indices dumedium__22823_25475_38500_.jpg malheur. On changeait ainsi le papier qui servait aux portes coulissantes, que chacun aura déjà vues une fois au moins au cinéma et qui ne sont désormais guère utilisées, et on sortait les Tatami pour les battre et les faire respirer. Pour les familles les plus riches, il n'était pas rare de changer intégralement les Tatami de la maison, ce qui représentait une somme considérable.

à suivre...


Izo


NB : les photos utilisées sont celles que j'ai prises cette année lors de ces événements. Les photos extérieures sont utilisées avec l'accord des sites où je les ai trouvées. Le texte a été intégralement écrit par mes soins et je serais gré aux gens qui souhaiteraient exploiter celui-ci de me prévenir.

Commentaires

Bonne année 2005.
J'ai commandé un sac-à-main GPS pour Flo comme ça je l'ai à l'oeil ;-)

F!oul&Flo

Ecrit par : Fioulok | 03/01/2005

Bonne annee les amis !! Mefie-toi des sacs GPS... Ce n est pas encore garanti.

Mail a venir.

Izo

Ecrit par : Izo | 03/01/2005

Bonne année ! (あけましておめでとうございます ;))

C'est incroyable ton sujet. J'avais complètement raté les fêtes de fins d'année lors de mon séjour au Japon, et là c'est comme du rattrapage mais en plus plaisant.

Vivement la suite...

Ecrit par : Haikai | 04/01/2005

Bonne année 2005 Izo!
J'attends la suite de ton exposé, ma foi, fort intéressant. Merci bien! :)

Ecrit par : Jep | 04/01/2005

Bonne année Haikai, bonne année Jep !! あけましておめでとうございます。今年もお願いします。

C'est un événement très particulier que je ne souhaitais pas rater, même s'il est vrai que le rapport à la famille est malgré tout plus léger qu'en Europe.

Merci pour vos messages. Je suis heureux d'obtenir des retours satisfaisants sur ce dossier.

La suite pour bientôt. (déjà écrite à vrai dire)

Izo

Ecrit par : Izo | 04/01/2005

Moralité : ayez toujours une japonaise avec vous au Japon, vous vous intégrerez mieux ;)

Très intéressant ce reportage Izo, vivement la suite !
(P.S.: as-tu pris par au Ousouji ?)

Ecrit par : Doc.Fusion | 05/01/2005

Evidemment :)

Nous avons d'abord commencé par faire le grand ménage chez nous avant de nous rendre dans la maison des parents de ma femme où nous avons souffert ! Et c'est peu de le dire. Les vieilles demeures japonaises regorgent de coins, de recoins et même quand vous pensez qu'il n'y a pas de coin, au final, quelqu'un vous fait remarquer qu'en ouvrant un peu mieux les yeux... et bien... il y a bel et bien un coin. Par contre, contrairement aux films américains de ma jeunesse, il n'y a pas eu de trésor ni de porte secrète engoncée dans un de ces fameux coins.

Cette histoire me donne le tournis.

Izo

Ecrit par : Izo | 05/01/2005

Un canard y perdrait ses petits dans tous ces coin(coin)s...

Ecrit par : Doc.Fusion | 06/01/2005

Doc, je refuse l'analogie avec le canard... :)

Izo

Ecrit par : Izo | 06/01/2005

C'est ton droit ;)

Ecrit par : Doc.Fusion | 07/01/2005

Autres gens, autres moeurs. Mais de la à vivre pour travailler ! nous ne trouverons pas ça en pays gascon.

Ecrit par : temps | 12/01/2005

Je connais peu de japonais qui ne vivent pas dans cette optique. Ils sont engagés à vie avec l'assurance d'un salaire qui augmente relativement vite et fort, un loyer presque payé, l'assurance (coûteuse au Japon) payée et c'est à la limite si l'entreprise ne met pas le pain dans la bouche de ses employés (nourris aux restaurants à saké)... en effet, autre gens, autres moeurs...

Je ne sais toujours pas quoi en penser après plus d'un an de vie ici.

Merci d'être passé par là.

Izo

Ecrit par : Izo | 12/01/2005

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