Izobretenik NICHIFUTSU

Un jour comme les autres, dans une maison vidée de ces odeurs et sensations qui rendent malléable et sensible. Des heures sombres transmuées en silences infinis. Des coups de téléphone auxquels on ne répond pas, histoire d'oublier les voix. D'essayer de ne pas se souvenir du timbre et de la tessiture si particulière que chacun d'entre eux égrènent sans y prêter une attention soutenue.

On entend si souvent parler de diables, de démons qui scrutent, qui s'éveillent parfois pendant le sommeil, jouent des rêves comme un halluciné d'une cithare. On voit parfois écrit au hasard des pages des émotions amères, des humeurs vagabondes, nauséeuses. On lit des sourcils effrontés ou des bouches en coeur. On observe des démarches désarticulées et des pantins parcourus de soubresauts douloureux. On pense à ce qui se dit, s'écrit, se lit, se chante et la féerie disparaît quelques secondes après qu'elle est née d'un autre silence.

Les silences possèdent quiconque essaie de s'exprimer avec sincérité. C'est là tout le pouvoir de l'écrit. Pouvoir penser et parler sans ouvrir la bouche ni violer la tranquillité silencieuse.

Se taire... fermer les yeux... se boucher les oreilles... une espèce de petite mort. Dénuée de sens, la vie semble plus douce. Hermétique du quotidien. Pour souffler. Respirer. Sans bruit. Sans geste ni mouvement inutile. Pas de thorax qui se gonfle ni de poumons qui s'éventent.

Pouvoir réinventer les mots. Ne rien avoir à fiche de la syntaxe si prude. Se moquer des noms, usurper les adjectifs, substituer les souffles, les pauses, éteindre la ponctuation. Rythmer. Ne pas rythmer. Installer une paix céleste au coeur des mensonges. Pointer du doigt un mot qui se serait installer sans prévenir. Traître à évincer. Vite. Au risque d'être ridicule. Trop sincère.

Couper. Découper. Morceler. Remplacer. Effacer. Jeter.

La multitude des verbes qui s'applique à cette écriture participe de son honnêteté.

S'il me prenait l'envie de parler d'une amie victime des foudres, la symbolique fermée et sourde aux imprécations me laisserait au final seul juge de la matière à lire.

Rendre le texte si obscur que l'interprétation en deviendrait impossible. Ou alors, soumise à une subjectivité exacerbée. Libérée d'une compréhension unique. Affranchie. Volage. Ailée pour les rêveurs.

Les blogs sont cette matière. Vaine et pourtant si pleine de sens. Un pan ajouré d'une existence qui se dévoile selon des procédés uniques. Irréversibles. Chaque écriture devient une condamnation. Une sentence. En tire-t-on joie ou déshonneur ? Noms incompatibles ? A loisir, les mots s'épanchent, plus vite que le coeur et l'esprit.

S'il me prenait l'envie d'aborder cette marque indélébile qui m'écorche chaque jour, l'illustration et l'imagerie qui lui seraient adjointes empêcheraient quiconque de deviner de quoi il s'agit. Trop épris de sa propre traduction. D'une procédure d'adaptation individuelle et personnelle.

Systématiser. Automatiser. Mécaniser. Tuer. Egorger. Amputer.

Multiplicité. Incompréhension.

Mais tout cela, est-ce si creux en définitive ?

De David Bowie à Sparklehorse. De Debussy à Beethoven. Ce qui compte le plus, est-ce le chant ou le sens ? La symbiose ou la signification brute ? Affichée dans cet habit propre. Et le bâtard ? A dénigrer ?